Cérémonie des vœux du 12 janvier 2017


Je suis heureux de vous retrouver pour célébrer la nouvelle année dans cette belle salle des sports Raphaël-de-Barros. C’est un moment particulier de convivialité ­ parce que nous sommes ensemble —, un moment de générosité ­­— parce que nous avons à cœur de nous souhaiter le meilleur ­— et un moment d’espoir — parce que nous formons le souhait que cette année soit, à l’échelle du monde et de notre pays, plus douce, plus sereine, plus apaisée que les deux précédentes.

Accueillir : c’est à ce thème que j’ai choisi de consacrer mes vœux en ce début 2017. Dans le dictionnaire, accueillir signifie recevoir. Mais, contrairement à bien des mots dont le sens est présenté de manière neutre, cette définition fait aussi référence à la qualité de l’accueil prodigué. Accueillir n’est donc pas seulement une action. C’est aussi une manière de considérer la vie. Le fait même d’accueillir sous-entend de le faire bien, avec cœur et considération. Accueillir pourrait être le mot emblème de Villeurbanne tant il témoigne de ce qu’est cette ville depuis ses origines et jusqu’à aujourd’hui.

 

Accueillir les personnes, d’abord ! Avec 148 543 habitants établis au dernier recensement, Villeurbanne conserve un essor démographique conséquent même s’il tend à s’atténuer par rapport à la précédente décennie. Parmi les villes de plus de 100 000 habitants, Villeurbanne est dans le peloton de tête des communes à forte croissance. Chaque année, elle gagne en moyenne 1 600 habitants grâce à sa dynamique, ses services, sa vie commerciale et associative, son énergie culturelle et sportive, également par sa situation au centre de l’agglomération et par sa proximité immédiate avec l’Est de la Métropole en mutation. Villeurbanne est considérée comme une ville jeune, avec une proportion importante des 15-29 ans, en particulier des étudiants et des jeunes ménages. Près d’un habitant sur deux a moins de 30 ans, c’est fabuleux. Car la jeunesse, c’est la vitalité, c’est l’avenir et c’est forcément l’action !

A vrai dire, cette dynamique démographique a une longue histoire.  Depuis la fin du XIXe siècle, Villeurbanne a toujours eu le sens de l’ouverture aux autres. A cette époque, les usines attiraient une main-d’œuvre venue de toutes les régions de France comme du monde entier. Les vagues d’immigration se sont succédé au rythme des tragédies économiques et politiques de la planète. Plus tard, c’est le campus de la Doua qui a contribué à faire venir des jeunes dont beaucoup ensuite sont restés. Aujourd’hui, l’université et les entreprises conservent des pouvoirs d’attraction. 85 nationalités se côtoient sur le campus, c’est dire sa richesse culturelle et c’est dire si l’on y vient de loin. Le projet de vie du territoire, auquel contribuent les élus qui sont autour de moi, est aussi un argument d’attractivité. Les nouveaux arrivants le disent : leur venue à Villeurbanne n’est jamais un choix de raison ou par défaut, mais il est au contraire toujours dicté par l’envie. Et quand ils sont là, de longue date ou de façon plus récente, les habitants veulent souvent rester pour construire leur vie et voir grandir leur famille.

Ce projet de vie se décline, de la petite enfance au grand âge. Au regard de l’analyse démographique, notre effort envers les plus jeunes est notable. Tous les projets urbains intègrent par exemple la réalisation d’une crèche. Des équipements petite enfance innovent en recevant les enfants handicapés ou malades. L’expérience conduite avec les tout-petits souffrant d’une maladie grave est d’ailleurs unique dans la région. Quant aux écoles, si elles bénéficient d’un programme ambitieux d’agrandissement, elles tendent à devenir des espaces de découverte au sens large : découverte d’un sport, d’une langue ou d’un art grâce aux activités périscolaires. Un écolier sur deux y est inscrit, soit deux fois plus qu’il y a deux ans. Cette politique d’accès aux loisirs et à la connaissance s’inscrit dans les pas de Lazare Goujon, bâtisseur des Gratte-Ciel, qui encourageait les enfants à s’aérer le corps et l’esprit pour être en bonne santé. A l’époque, on ne parlait pas de périscolaire. La palette des animations était beaucoup plus restreinte. Mais l’idée qu’il fallait ouvrir le chemin aux enfants était bien présente et continue à nous inspirer.

Depuis dix-huit mois, Villeurbanne — comme elle a pu le faire lors des grandes migrations du siècle précédent — accueille des réfugiés, fuyant la guerre et les persécutions, pour la plupart venus du Moyen Orient et d’Afrique, ayant transité par Calais. Ils ne sont pas en plus. Ils ne sont pas en trop. Ils séjournent parmi nous avec leur histoire, le temps de se reconstruire, ce qui leur était impossible dans leur pays d’origine. L’accompagnement dont ils font l’objet grâce aux associations spécialisées et aux services de l’Etat ne se fait au détriment de personne. Nous n’abandonnons pas les uns pour aider les autres. Nous poursuivons simplement notre mission de solidarité avec pour toute conviction celle de défendre un idéal de fraternité qui a toujours été celui de Villeurbanne.

 

Accueillir, c’est aussi accueillir l’ambition. Longtemps, Villeurbanne a été la cité du textile, de la métallurgie et de la mécanique. Il en reste quelque chose avec de grands groupes, fleurons de l’industrie française, comme Alstom, Messier Bugatti ou Boccard qui, quelles que soient les époques, ont su entretenir la flamme de l’innovation. Aujourd’hui, les industries créatives de l’audiovisuel, de l’image et du son se déploient au pôle Pixel. 110 entreprises emploient 600 salariés. C’est là que Xilam, le leader européen dans la production de séries d’animation, a choisi de s’installer, quittant Hô-Chi-Minh-Ville au Vietnam pour relocaliser une partie de sa production à Villeurbanne. C’est à Villeurbanne qu’a été réalisé Ma vie de courgette, ce beau film d’animation sur la vie d’un petit garçon à l’orphelinat. Le film est pré-sélectionné pour les Oscars dans la catégorie du « meilleur film en langue étrangère » et, avant la fin janvier, nous saurons s’il est définitivement nominé.

Nombreuses aussi sont les start-up. S’appuyant sur les résultats de la recherche universitaire, elles diffusent les technologies émergentes qui demain révolutionneront la société. Les laboratoires et l’incubateur du campus de la Doua servent de banc d’essai à l’innovation, que l’idée soit embryonnaire ou que l’entreprise soit déjà en développement. Dans cet état d’esprit, les services de la future Fabrique de l’innovation contribueront à l’éclosion de projets nouveaux. Opérationnelle à l’été 2017, elle trouvera sa concrétisation complète en 2020. Les projets foisonnent, se conjuguant, se répondant, se consolidant par le seul fait de leur présence simultanée. La Ville est ici facilitatrice, elle crée les conditions, elle met en relation, elle participe à l’élan collectif.

Depuis une décennie maintenant, notre volonté, par exemple, de relier la ville et l’université a beaucoup contribué à cette émulation. 340 millions seront au total investis à la Doua avant 2020, entre d’une part l’opération campus et d’autre part le contrat de plan Etat-Région. Au-delà de la rénovation indispensable des bâtiments, cet engagement sans précédent depuis soixante ans contribuera à embellir le paysage du campus et à mieux le marier au territoire. Il aidera aussi à lancer de nouvelles plateformes de recherche et de collaboration avec l’industrie en particulier autour de la chimie et de l’environnement comme de la gestion durable des déchets, c’est-à-dire dans le mouvement de la transition énergétique et de l’économie circulaire.

Villeurbanne fait également partie des quatre villes françaises retenues pour organiser les 15 et 16 février prochains au TNP un événement intitulé « O21 S’orienter au XXIe siècle », conçu par le quotidien Le Monde, et son édition Le Monde Campus. Il s’agira de mettre en relation des lycéens et des étudiants avec des chefs d’entreprises, des chercheurs, des start-upeurs et des penseurs afin de les emmener sur les chemins de demain. Cette manifestation servira à susciter le désir des jeunes pour qu’ils s’orientent vers les métiers d’avenir. Car c’est de l’échange simple et de la rencontre sincère que naissent les grandes vocations et les belles ambitions. Se dire que dans 30, 40 ou 50 ans, des femmes et des hommes raconteront qu’ils ont trouvé leur voie dans un événement comme celui-ci donne des ailes à notre action.

 

Accueillir, c’est aussi accueillir les idées et la créativité. Au-delà de la recherche et de l’innovation, je veux parler de toutes ces formes d’imagination qui participent à la qualité de la vie. En France chaque collectivité territoriale a des compétences propres. Mais la mairie est la porte d’entrée à de nombreuses demandes dont la réponse n’est souvent pas de sa responsabilité. Si nous devons rester dans le cadre imparti par la loi, nous pouvons néanmoins stimuler les acteurs en présence.

L’emploi par exemple ! Il n’est pas de la compétence d’une commune. Mais il est le premier problème des Français. A Saint-Jean, nous venons d’entrer  dans le dispositif national « Territoires zéro chômeur de longue durée ». Seuls dix territoires en France ont été retenus pour conduire l’expérimentation. Les aides qui jusque-là servaient à accompagner les chômeurs sont réaffectées pour financer leur contrat de travail à durée indéterminée. Elles agissent sur l’économie et sur l’insertion. C’est une expérience novatrice qui tend à prouver que l’activité génère de l’activité, qu’il est préférable de soutenir l’emploi, que le chômage a des remèdes. Il est trop tôt pour tirer des conclusions sur l’efficacité de la méthode. Mais conduire cette expérience ici même fait de Villeurbanne un territoire qui tutoie l’avenir.

La santé encore ! La désertification médicale n’est pas le seul fait des campagnes. Elle existe aussi en ville en particulier dans certains quartiers. Grâce à une cartographie des besoins de santé, la ville peut orienter les nouveaux médecins vers les secteurs qui en manquent. C’est simple, astucieux et efficace. En 2017, une maison pluridisciplinaire de santé ouvrira grâce à l’aide de la ville pour les locaux. Cette action est à relier à la détermination, qui a été la nôtre, pour que s’implante le Médipôle dont les travaux avancent et qui est l’un des plus imposants établissements de santé actuellement en construction dans notre pays.

Je suis fier aussi de la présence — toujours en lien avec les habitants — de l’ASVEL, du TNP, des Ateliers Frappaz centre national des arts de la rue ou de l’Ecole nationale de musique. Ces lieux ne vivent pas en circuit fermé. Ils ne sont pas des espaces prestigieux parlant à une petite cible. Ils sont ouverts sur la ville, ils participent à sa dynamique, ils contribuent à son bon équilibre avec des responsables investis et soucieux d’offrir le prestige à tous. Je suis fier aussi de tout ce que nous entreprenons pour faire gagner l’égalité. En 2016, nous avons lancé une opération de testing pour lutter contre les discriminations bancaires. Dans quelques jours, les citoyens seront mis à contribution lors d’ateliers favorisant l’égalité entre les femmes et les hommes pour construire avec nous des actions concrètes.

Essaimer les idées, il en advient toujours de nouveaux talents ! Notre politique d’attribution de noms de rues a cette ambition d’apporter des éclairages, de nous rappeler de femmes et d’hommes qui ont su incarner des idéaux. Demain, dans les quartiers où la ville se réinvente, nous verrons le nom d’Edmonde Charles-Roux, de Jo Cox, de Françoise Giroud, d’Helen Keller, de Pierre Dac, de Michel Rocard, d’Elie Wiesel, de Miriam Makeba, de Jorge Semprun… Toutes et tous porteront la voix de la littérature, du journalisme, de la révolte  et du courage. Ils seront des repères vers l’idéal d’humanisme qui a toujours fait avancer notre ville.

C’est pour affirmer cet humanisme que nous exprimons une parole différente à la Métropole. Notre discours est à bonne distance entre d’une part la nécessaire adhésion aux enjeux collectifs et d’autre part les tentations d’une hyper centralisation tout à fait contraire à ce que nous défendons. En cette époque où tout s’est mondialisé, l’économie comme la pensée, l’action locale doit être valorisée, non pas par plus de technostructure, mais par plus de liens. Elle ne peut pas se décréter dans des bureaux à quelques-uns qui pensent pour nous. Elle doit au contraire fédérer les énergies, les projets, pour et avec les habitants. C’est cette vision de la politique que nous développons à Villeurbanne, conscients que l’action locale n’est jamais ni trop petite, ni trop étroite, mais qu’elle répond à de grands enjeux.

 

Mesdames et messieurs, pas un jour ne passe sans que l’actualité ne nous emmène sur les lieux d’un attentat en Europe ou au Moyen Orient. Face à ces faits tragiques, il nous arrive de nous demander ce que nous devrions faire, ce qui n’a pas été fait, ce qu’il faudrait inventer pour que le monde se porte mieux. Si nous frôlons quelquefois le découragement et le sentiment d’impuissance, nous avons en nous la volonté d’aller plus loin. C’est ce qui nous tire. C’est qui nous emmène.

Parce que toutes et tous, réunis dans cette salle des sports, nous sommes des femmes et des hommes de conviction. Parce que nous pensons que l’action est stimulante. Parce que nous voulons avoir prise sur le présent et, en même temps, donner quelques indications à l’avenir. Alors continuons. Que 2017 nous inspire, nous aiguillonne, nous pousse à aller toujours de l’avant.

 

Bonne et heureuse année à chacune et chacun d’entre vous.