Cérémonie des vœux du 16 janvier 2014


Mesdames et messieurs, chers amis,

Je vous présente mes vœux chaleureux de bonne année. Je suis heureux de vous retrouver pour notre traditionnelle cérémonie de vœux. Nous aimons débuter l’année par ce moment de convivialité, que nous concevons comme un rendez-vous de l’amitié et du dialogue, un moment de partage simple qui favorise les relations et l’échange entre nous.

 

 

Avec l’équipe municipale qui m’entoure, j’ai plaisir à vous accueillir dans cet édifice dédié aux sports. A cet emplacement, entre ces murs, de belles pages de la vie locale ont été écrites. La salle Raphaël-de-Barros a été construite sur le tènement de l’ancien Stadium, une des pièces, décentrée des Gratte-Ciel. À l’époque, ce Stadium intégrait le projet de Lazare Goujon de mettre à disposition de ses administrés tout ce dont ils avaient besoin pour bien vivre : des logements certes, mais aussi une mairie, un théâtre, une piscine sous le théâtre et ce Stadium, conçu avec peine en raison des difficultés financières de la commune. Sorti de terre après guerre, il a accueilli des courses de taureau, des cascades automobiles et des compétitions de basket, avant d’être démoli quelques années plus tard. C’est à la fin des années cinquante, sur ce site ainsi marqué par la ferveur sportive et l’esprit de fête, qu’une nouvelle salle donne enfin à l’Asvel un espace de compétition digne de ce nom et aux Villeurbannais de grands moments de basket. Beaucoup d’entre nous conservent le souvenir des soirées vibrantes, de cette communion si particulière entre un public et son équipe, du lien favorisé entre les habitants.

Les images, qui ont défilé sur les écrans et qui jalonnent les pages de ma carte de vœux, sont, comme cette maison des sports, des témoins de la vie villeurbannaise et de l’esprit qui règne dans notre commune. Villeurbanne conjugue les paradoxes. Populaire et ambitieuse, ouverte et campée sur ses valeurs, attachée au présent et fière de son passé, une ville où l’on trouve à la fois des petites maisons bâties par les habitants et des édifices remarquables comme la Maison du livre, de l’image et du son, toute proche, imaginée par Mario Botta, conçue pour que la connaissance soit à la portée de tous.
De notre ville, les observateurs, comme les habitants, décrivent la conjugaison heureuse entre des destins modestes et de grands projets. Les Gratte-Ciel, qui attirent aujourd’hui les touristes, amateurs de l’architecture du XXe siècle, n’ont pas été construits pour une population aisée, mais pour donner à la classe ouvrière des conditions de vie décentes. Les logements appartiennent toujours au parc social, donnant à des familles modestes, la possibilité de vivre en centre-ville, ce qui demeure un sujet d’étonnement pour les visiteurs. Offrir le meilleur, non pas à quelques-uns, mais à tous, est un principe enraciné dans l’histoire de notre commune.

Offrir le meilleur à tous : comment ce principe se caractérise-t-il en 2014, quand les crises secouent violemment le monde occidental et quand une partie de la population se retrouve en grande difficulté sociale ? Une ville de 145 000 habitants n’est pas une île protégée. Elle l’est d’autant moins que, contrairement à la représentation donnée par son dynamisme — c’est là encore un paradoxe —le revenu moyen par habitant fait partie des plus faibles de l’agglomération. L’enthousiasme, qui s’affiche lors des grandes manifestations, fait oublier les difficultés que rencontrent les familles. Quant à la porte de l’hôtel de ville, elle est souvent la première franchie lorsque la précarité s’annonce. Les élus municipaux sont aussi les premiers sollicités dans ce contexte où la crise frappe dur et fort, et où les finances publiques sont moins florissantes qu’elles ne l’ont été.
C’est pourquoi, depuis dix ans, nous faisons de la gestion de notre budget un grand chantier communal avec le double objectif de limiter la pression fiscale et de continuer à investir. Les enquêtes, largement relayées par la presse, disent aujourd’hui de nous que nous sommes la ville la mieux gérée de France. C’est le résultat d’une méthode exigeante. C’est une satisfaction aussi. Grâce à notre stratégie de désendettement, grâce à la réalisation d’économies au bon endroit et dans tous les domaines de l’action municipale, nous résistons mieux que d’autres à la pénurie financière, nous portons de grands projets urbains et de solidarité, nous améliorons la qualité de nos services publics. La dynamique ainsi créée contribue à nous donner une réputation de ville, non seulement responsable, mais également parmi les plus attractives de France. Stable en 2013, notre démographie s’est accrue en moyenne de 1 800 habitants par an pendant une décennie, ce qui prouve la forte attractivité de notre territoire. Qui plus est — et je voudrais insister sur ce point —, en montrant à nos concitoyens que nous connaissons la valeur de l’argent public, en leur prouvant que nous respectons les moyens qu’ils nous donnent pour exercer notre mandat, sans renoncer à nos projets et à la qualité de nos services, nous accomplissons un acte de démocratie. C’est essentiel dans cette période où les Français doutent de la capacité des élus à agir et quand ils ne voient plus la corrélation entre leurs attentes et l’action publique.

 

 

Il y a une semaine, j’étais au Sénat pour recevoir une distinction décernée par l’agence de notation citoyenne République et diversité. Villeurbanne est classée première dans la mise en œuvre de dispositifs luttant contre les discriminations. C’est le résultat d’un engagement ancien, long et déterminé. Notre ville, qui s’est construite avec l’arrivée successive de populations, venues ici pour travailler ou pour fuir des conflits, n’est pas exempte de racisme. Mais, au fil du temps, elle a su construire une politique d’accueil et combattre les appréhensions, comme les dérives sournoises qui naissent de la confrontation à l’autre. La culture, le sport, l’éducation, les associations y concourent. Mais ces politiques ne suffisent pas. La différence demeure une source d’inégalités dans bien des aspects de la vie quotidienne, pour trouver un emploi ou pour entrer dans un logement, pour citer deux exemples significatifs. Comment agissons-nous ? Dans la concertation, comme avec les régies d’immeubles, qui ont accepté de participer à des opérations de testing pour s’améliorer. Nous agissons ainsi par la formation substituant l’action aux injonctions, la transformation à l’indignation. Dans une société de droits, dénoncer ne suffit pas. D’où notre mobilisation de chaque instant et dans la durée : elle nous vaut cette récompense qui nous encourage à persévérer sur ce grand thème de l’égalité entre les citoyens. Car si notre pays a, en 1792, instauré l’an I de l’égalité, ce principe de la République s’est avéré l’un des plus difficiles à mettre en œuvre et a été remis en cause en plusieurs
moments de notre histoire. Aujourd’hui même, quand la parole raciste et antisémite se libère, quand la crise entraîne un regain de haine par facilité, par ignorance ou par une peur maladive de l’autre, il demeure un combat d’actualité.

 

 

Dans cette logique de faire de l’égalité le fil conducteur de nos projets, la politique d’accessibilité de l’espace public, que nous avons mise en œuvre, nous vaut aussi d’être regardés et consultés. La loi prévoit en effet qu’avant fin 2014, les collectivités aient mis aux normes leurs bâtiments, leurs abords, tout comme les jardins et les parcs, mais aussi les lieux culturels, sportifs ou les écoles, facilitant ainsi la vie des personnes en situation de handicap. 2014, nous y sommes et, alors que nombre de maires ont demandé le report de la date butoir, nous avons réussi, par une action menée chaque année à un rythme soutenu, à tenir ce programme de transformation. A ces évolutions structurelles, s’ajoutent des dispositifs d’accueil innovants. Je suis fier que des enfants en situation de handicap puissent, par notre implication, aller à la crèche ou à l’école, comme les autres enfants et puissent commencer leur vie, en étant non pas à l’écart de la société, mais bien en son cœur. L’expertise, acquise au fil du temps fait, aujourd’hui, figure de référence dans notre pays. C’est à ce titre que nous avons été appelés à témoigner devant la délégation ministérielle à l’accessibilité pour donner vie au principe d’égalité de notre République.

 

 

De Villeurbanne, on dit qu’elle s’est construite sur un bel esprit d’indépendance et un goût prononcé pour la différence. Les maires successifs ont refusé l’idée d’être une banlieue. D’où ce centre-ville exceptionnel. En plusieurs époques, ils ont refusé de fusionner avec Lyon. D’où cette affirmation par des politiques offensives et innovantes, comme celles que je viens de décrire.
Est-ce ce qui m’amène aujourd’hui à exprimer un autre discours sur la Métropole ? Notre histoire nous inspire, c’est évident, même si elle ne peut pas être le seul argument du débat que nous portons. Il s’agit, non pas d’un combat du passé, mais d’un combat pour l’avenir. J’ai la ferme conviction, comme pour la lutte contre les discriminations, comme pour notre programme d’accessibilité, qu’une agglomération se construit sur le respect des différences et des spécificités de chacune de ses communes.
A Villeurbanne, nos politiques inventives n’auraient pas pu voir le jour si nous nous étions fondus dans un grand tout, où le centralisme l’aurait emporté sur les aspirations locales.
La Métropole, telle qu’elle est décrite aujourd’hui, demeure encore un concept, loin de la réalité, loin des attentes de la population. Si ses contours et ses prérogatives ont été définis par la loi en décembre dernier, elle reste à construire. Que sera-t-elle demain ? Un outil au service des habitants du territoire, donc des communes ? Ou une machine gigantesque, où les procédures l’emporteront sur le lien, où la demande par formulaires se substituera au dialogue, où la proximité sera incantatoire ? Or, que nous demandent les habitants ? Non pas de concevoir une technostructure au formalisme triomphant. Ils réclament de la relation, de la concertation, du dialogue.

 

 

 

La question de l’égalité entre les territoires est centrale au débat. Il n’est pas loin le temps où il fallait faire preuve d’une vigilance de tous les instants pour que les projets des communes soient traités avec la même qualité que ceux de la ville-centre — mon prédécesseur, Gilbert Chabroux, peut en témoigner abondamment. Heureusement, cette situation a évolué. Le premier vice-président du Grand Lyon que je suis s’en félicite. Mais le maire de Villeurbanne que je suis demande des garanties. Car les retours en arrière sont possibles. Les tropismes et les tentations existent toujours. Villeurbanne est considérée comme la ville motrice du développement à l’Est de notre agglomération. Elle le sera demain au sein de la future Métropole. Ce développement ne peut pas s’envisager a minima. Il doit être excellent pour tous afin que chacun ait à la fois fierté et plaisir à vivre là où il réside. La future Métropole aura le devoir d’inclure, non pas d’exclure, d’assembler non pas d’éloigner, de créer un sentiment d’appartenance non pas de relégation. Aux dernières élections nationales, la montée du vote extrême dans les territoires de deuxième ou troisième couronnes nous oblige à entendre ce sentiment d’éloignement voire de déclassement que ressentent leurs habitants. L’enjeu de la future Métropole est là aussi. Il est considérable. Il vaut des approfondissements. Il mérite que l’on formule des exigences.

 

 

 

Mesdames et messieurs, 2014 est une année importante. C’est une année d’élections municipales et européennes. Elle doit être l’occasion de montrer que la politique a du sens et que voter est utile. Nous célébrerons le 100e anniversaire de la première guerre mondiale et le 70e anniversaire de la Libération de Villeurbanne, qui reste un événement unique dans l’histoire de France, avec le mouvement insurrectionnel de la population villeurbannaise. En ces occasions, nombre d’initiatives seront menées dans les écoles pour transmettre aux enfants les valeurs de la paix et de la démocratie et pour les inciter à devenir demain des citoyens exemplaires. Maintenir ces valeurs vivantes est un vœu qui m’est cher et que je partage, je le sais, avec nombre d’entre vous. A toutes et à tous, je renouvelle mes souhaits d’épanouissement personnel et de réussite dans vos projets.
Bonne et heureuse année à vous.