Cérémonie des vœux du 18 janvier 2018


Il est maintenant de tradition de nous retrouver dans cette salle des sports Raphaël-de-Barros en ces premiers jours de l’année nouvelle. Son architecture, caractéristique des années soixante, au béton forcément un peu austère, a été mise en valeur par un double jeu de couleurs et d’éclairages sur les façades, ce que vous avez observé en arrivant. Le bâtiment, habilement rénové, est un signal fort sur le cours Emile-Zola qui, lui aussi, se transforme progressivement, pour devenir plus agréable à vivre et à circuler entre Cusset et Charpennes.
Longtemps dédiée au basket, la salle Raphaël-de-Barros est aujourd’hui un symbole de la vie commune, espace pour les événements sportifs, mais aussi associatifs et culturels, comme la fête du livre jeunesse. Pas une semaine ne passe sans que ce lieu résonne de la vitalité de Villeurbanne. C’est ici aussi qu’en décembre dernier, nous avons dit adieu à Gilbert Chabroux, ancien sénateur-maire, mon prédécesseur. C’est dire si ce lieu porte en lui les joies et les peines de notre ville, palpite de ses émotions et rythme son histoire.

2018 est l’année du mi-mandat. Plus de trois ans pleins se sont écoulés depuis les dernières élections municipales. En février et mars prochains, nous organiserons des rencontres pour échanger sur ce qui a été fait et pour envisager la deuxième partie du mandat. Vous serez conviés à des tables rondes en petit format où il sera facile de prendre la parole et de donner son avis. Un forum grand public, en présence de tous les élus, clôturera ce bilan. Une étape intermédiaire importante débute donc aujourd’hui, étape au cours de laquelle vous pourrez vous exprimer. Rendre des comptes est essentiel au bon fonctionnement de la démocratie. Mais au-delà d’un simple inventaire des réalisations, l’exercice revient à faire vivre le débat d’idées et à l’enrichir des points de vue — y compris contradictoires. C’est une démarche de longue date. Villeurbanne a toujours été à l’avant-garde sur la concertation, avec de nombreux dispositifs de participation et, par conséquent, un dialogue constant et fructueux.
Accompagner le développement d’une ville consiste en un compromis équilibré, entre d’une part les projets et, d’autre part, la parole des citoyens qui veulent agir sur leur environnement. Car la dynamique de transformation urbaine nécessite d’être encouragée et maîtrisée si nous voulons qu’elle se fasse, non pas à côté des habitants, mais avec eux. Le temps nécessaire à cette transformation urbaine est un sujet à lui seul. Car ce temps — et c’est le grand paradoxe de l’action politique — est à la fois lent et rapide. Toujours trop lent à l’échelle de nos existences et d’un mandat — nous voudrions tous que la politique soit vite pensée et vite réalisée. Et pourtant si rapide à l’échelle de la vie en général et du développement de l’humanité. C’est ainsi aussi que les élus avancent en permanence : entre, d’un côté, l’héritage — ce qui a été fait avant nous et qui a laissé des traces — et, d’un autre côté, le mouvement présent — ce que nous devons engager maintenant pour répondre aux besoins actuels.
C’est impressionnant le long de la ligne de tramway T3, l’ancienne ligne de l’Est. Le trajet, sur le cheminement piéton qui longe les rails, donne une vision concrète de ce qui s’accomplit progressivement d’ouest en est, entre le passé et le présent de la ville, entre l’ancien et le futur. Il y a d’abord les immeubles récents, qui bordent le boulevard Honoré-de-Balzac et la rue Georges-Sand : ils ont métamorphosé le bâti à un endroit où l’urbanisme et l’architecture s’étaient dégradés. Puis c’est la promenade de la Gare, un bel espace public avec des usagers — familles, jeunes ou sportifs — qui se succèdent selon les heures de la journée.
On arrive ensuite au Pôle Pixel, ancienne friche industrielle aujourd’hui consacrée aux métiers de l’image et du numérique. Un peu plus loin encore, c’est l’Institut SuperGrid, où un consortium d’entreprises de la filière électrique invente les futures technologies de transport de l’électricité sur de longues distances. On longe ensuite le futur Médipole, dont les bâtiments imposants, modifient le paysage de ce quartier en limite de Cusset. Plus loin, sur la droite, c’est Bel Air Camp, une autre friche, celle des anciens locaux d’Alstom transport, transformés en espace dédié aux startups innovantes et aux nouvelles formes d’activité collaborative. Enfin, c’est la Soie, autre quartier ¬en total bouleversement, avec des immeubles neufs d’habitation. Ils renouvellent le parc de logements et répondent aux enjeux de la transition écologique. La Soie aussi avec ses bâtiments à vocation économique et tertiaire. L’évolution, à laquelle nous participons, ne revient pas seulement à agir sur la structure urbanistique du territoire. Elle porte en elle une manière plus responsable de vivre la ville.
Sur cette portion de ville justement — je vous invite d’ailleurs à accomplir le trajet à pied, à vélo ou en tram —, le promeneur a le sentiment d’assister à une longue séquence de travelling cinématographique, révélant la transformation urbaine vers l’Est. Etonnamment, dans cette observation à hauteur d’homme, on ne se sent pas tout petit, mais le témoin privilégié de cette exceptionnelle mutation. Ces changements ne sont pas du seul fait de l’équipe municipale. Les élus donnent la vision, le cadre et la dynamique. Ils ne sont pas des magiciens. Ils sont plutôt des facilitateurs. Ils portent bien sûr leurs propres projets. Mais ils créent d’abord les conditions opportunes pour que d’autres initiatives naissent et s’accomplissent et pour que, ce faisant, la ville s’adapte perpétuellement aux enjeux successifs des époques.

L’an dernier, lors de cette même cérémonie des vœux, j’avais largement fait référence à la tradition d’accueil de notre ville. J’avais évoqué notre fierté d’avoir accueilli des migrants évacués de la jungle de Calais en collaboration avec les associations et aussi avec les services de l’Etat. Ce que nous avons fait à Villeurbanne a consisté à donner un toit, à ouvrir quelques portes, à des personnes, principalement des hommes, souvent jeunes, ayant tout quitté pour échapper aux privations, aux humiliations et à la violence.
Un an plus tard, aujourd’hui, l’actualité nous livre des témoignages terribles sur le chemin qu’ils réalisent pour fuir et pour arriver jusqu’à nous. Ce qui se passe actuellement au col de l’Echelle, à Névache, à côté de Briançon, dans la vallée de la Clarée, — ces migrants qui viennent par la montagne, bravant la neige et le froid — bouscule nos consciences. Beaucoup mettent un espoir incroyable dans ce grand voyage dont aucun ne sait s’il en sortira vivant. Mais ils prennent le risque — tant la situation qu’ils laissent est pire que la malhonnêteté des passeurs, pire que l’esclavage auquel ils sont parfois réduits en chemin, pire que les milliers de kilomètres accomplis à pied.
Que cet accueil ait eu lieu à Villeurbanne m’a donné une conviction. Nous devons renouveler notre approche de l’accueil au sens large. C’est pourquoi j’ai initié une mission de réflexion, sur ce que pourrait être l’accueil au XXIe siècle dans une ville comme la nôtre, une ville qui frôle les 150 000 habitants, une ville située au cœur d’une Métropole, une ville qui s’est toujours distinguée par l’ouverture aux autres et qui s’est développée grâce à l’arrivée de populations successives venues d’ailleurs. Cette mission, qui a déjà donné lieu à de nombreux échanges — et je remercie celles et ceux qui nous ont fait partager leur analyse—, survient dans une actualité nationale fortement controversée sur la question migratoire.
Car la question, au fond, qui est posée à la France compte tenu de son histoire, est : de quelle manière entend-elle rester fidèle à ses idéaux du pays des droits de l’homme et comment imagine-t-elle en moderniser les principes et les pratiques afin qu’ils répondent aux enjeux du temps présent ? Le cynisme serait de s’enorgueillir de notre histoire nationale, mais d’être incapable de trouver des solutions contemporaines en harmonie avec ce passé. A quoi sert-il aujourd’hui de faire la différence entre les migrants, favorisant ainsi tel type de demande d’asile, plutôt que tel autre ? Vivre dans un pays en guerre rendrait ainsi plus acceptable la candidature au départ que le fait de risquer de mourir de faim ou de périr dans une catastrophe climatique. Qui sont par exemple les réfugiés de la faim en ces temps où le spectre de la famine réapparaît ? Des bons ou des mauvais migrants ? Ce déni d’humanité, que dénonce l’écrivain, prix Nobel de Littérature, Jean-Marie Gustave Le Clézio, est évidemment en rupture avec ce que nous sommes.
J’entends le procès en innocence qui nous est fait de plus en plus souvent. Mais, au motif qu’il faudrait être réaliste et pragmatique, il est inacceptable — je le dis avec d’autant plus d’assurance que notre ville compte plusieurs centres d’accueil — que l’Etat organise la traque dans les centres d’hébergement. Ces lieux doivent être des asiles — c’est-à-dire des espaces inviolables comme le dit l’étymologie du mot asile –, et non pas des souricières. Alors oui, dans ce contexte national tragique, Villeurbanne continuera à prendre sa part dans l’accueil des populations qui souffrent, comme notre ville l’a toujours fait.

En arrière-fond, se cache aussi un autre débat, celui de notre regard sur les plus modestes, celui de notre regard sur la pauvreté.
À Villeurbanne, en particulier dans les échanges que nous avons avec la Métropole, nous alertons sur ce mouvement qui fait que les moins fortunés sont repoussés toujours plus loin. La situation n’est pas spécifique à notre agglomération. Mais elle se manifeste ici aussi et c’est pourquoi nous nous y intéressons. Autrefois, Villeurbanne refusait d’être une banlieue, considérant qu’en plus du travail et du logement, elle devait offrir la culture, le sport et la citoyenneté, à ses habitants, ouvriers pour beaucoup d’entre eux. Aujourd’hui, Villeurbanne entend maintenir la mixité sociale dans tous ses quartiers. Ceux qui sont nés ici, quels que soient leurs revenus, doivent pouvoir rester à Villeurbanne, si tel est leur projet de vie.
C’est pourquoi il nous arrive de mettre en garde la Métropole. Sur la prise en compte des nouvelles missions liées à la solidarité — au vieillissement, au handicap ou à l’insertion —, des résistances demeurent. Il est plus facile de faire applaudir le développement économique ou le rayonnement du territoire que l’accompagnement des plus démunis. Mais la Métropole serait un échec si elle n’était qu’un outil au service des plus riches et des puissants.
Sur la solidarité, Villeurbanne a une grande expérience. Il est certes loin le temps où la mairie distribuait la soupe, le pain et le charbon aux plus nécessiteux. Aujourd’hui, dans le cadre d’un dispositif original « Insertion par l’école et l’emploi », nous amenons des familles, résidant dans des campements de fortune, à intégrer un logement. Les enfants sont scolarisés. Les parents sont accompagnés jusqu’à ce qu’ils deviennent autonomes. Depuis des décennies, Villeurbanne est également aux avant-postes sur la santé et la prévention. Cette année, avec les médecins généralistes, nous testerons le sport sur ordonnance. Bien des facteurs comme l’âge, la précarité ou le lieu de résidence sont des freins à la pratique sportive, pourtant essentielle à la santé. Cette coopération, entre la ville et le milieu médical, va là aussi aider à faire reculer les inégalités sociales.
J’entends certains s’étourdir du discours de l’efficacité. Il suffirait donc de vouloir pour pouvoir. En toutes situations, la volonté est importante, c’est vrai. Mais elle ne suffit pas toujours. Ce discours, nourri d’a priori sur ceux qui ne réussissent pas selon les critères du crédo libéral, n’encourage pas les solutions collectives innovantes. Il y a un an — et c’est une autre réalisation dont nous sommes fiers —, le quartier Saint-Jean a été retenu comme l’un des dix territoires en France « Zéro chômeur de longue durée ». L’aurions-nous fait si nous avions cédé, par exemple, au discours sur l’assistanat ? Or, cette approche, qui consiste à transformer les allocations chômage en aide à la création d’emploi est trois fois gagnante : pour le chômeur qui trouve un travail, pour l’économie qui est ainsi stimulée — l’activité appelant l’activité –, pour le quartier Saint-Jean enfin qui bénéficie d’une dynamique. Innover en tout, fuir les préjugés tout le temps, c’est notre ligne d’action.

A chacune et chacun d’entre vous, je présente — au nom de l’équipe municipale mes vœux — nos vœux — les plus chaleureux. Une bonne santé d’abord, c’est un bien précieux, nous le savons tous. Des projets pour éclairer nos journées et aller de l’avant. De l’espoir pour ne jamais céder au découragement : c’est important quand le sentiment d’impuissance n’est jamais loin. Collectivement, quels que soient les débats voire les désaccords que nous pourrions avoir, je nous souhaite de garder les yeux rivés sur la devise de notre pays qui dit tout finalement de ce qui doit en permanence nourrir nos ambitions et nos actes : la liberté, l’égalité et la fraternité. Je nous souhaite de cultiver la différence, comme cette ville sait si bien le faire, et de toujours conjuguer cette différence à l’audace et à l’innovation.
Bonne et heureuse année à toutes et tous.