Cérémonies des vœux du 14 janvier 2016


 

 

L’année 2015 aura été douloureuse.
Nous l’avions débutée avec les attentats de Charlie Hebdo et de
l’Hypercasher de la Porte de Vincennes à Paris. Nous l’avons terminée
avec la nuit meurtrière du 13 novembre, ses 130 morts, ses centaines de
blessés, ses millions de citoyens traumatisés.
D’un bout à l’autre de l’année, nous avons été habités par des sentiments
successifs, allant de la sidération à l’infinie tristesse. Nous avons aussi
partagé l’espoir que cette épreuve aide notre pays à réinvestir ses valeurs
communes et qu’elle soit à l’origine d’un nouveau réflexe républicain.
Les élus locaux que nous sommes sont des femmes et des hommes
comme les autres.

Nous avons choisi l’engagement politique qu’implique la gestion d’une
grande ville comme la nôtre parce que nous croyons en une société plus
juste, plus équilibrée, plus solide. Pareille actualité apporte forcément
une nouvelle dimension à notre implication. Il nous revient de garantir,
de rassurer, de consolider. Il nous revient d’être, non pas seulement des
porteurs de projets dans nos délégations, mais les garants et les porte-voix
de la République.
Aucun de nous ne l’avait oublié. Mais toutes et tous se sont sentis investis,
motivés, confirmés dans leur engagement au service de leurs concitoyens,
au regard de cette actualité poignante.
Pour toutes ces raisons, j’ai placé mes vœux 2016 sous le triptyque de
la liberté, de l’égalité, de la fraternité, c’est-à-dire de la République. Nous
serions heureux si, avec l’avènement de la nouvelle année, en l’espace de
quelques secondes, nous pouvions chasser nos difficultés, nous pouvions
nous extraire de tout ce qui nous effraie. Mais malheureusement, la
zone de turbulences, dans laquelle nous sommes entrés, risque de durer
quelque temps encore.
Face à la menace qui pèse sur notre pays, face à la peur qui déploie ses
ailes, nous devons convoquer les valeurs de la République et les incarner
dans nos actes et dans nos choix.
C’est un devoir qui nous incombe à toutes et à tous et que les élus ont
la mission de relayer partout où ils exercent leurs responsabilités. Car,
en ces temps troublés où tant de nos concitoyens doutent de l’action
publique, et où les attentats ont ajouté de l’angoisse au doute, ce qui nous
rassemble doit l’emporter sur ce qui nous divise.
Et ce qui nous rassemble, au-delà de nos aspirations politiques ou
religieuses, c’est la République, avec ses valeurs, avec sa générosité et ses
exigences, avec des droits et des devoirs pour tous — et, pour les élus,
avec de l’exemplarité et un sens aigu de la proximité.
Liberté, c’est le premier mot de la devise républicaine. Il désigne la
capacité de chacun à exercer sa volonté. Mais il induit aussi le juste
équilibre entre l’aspiration individuelle et le collectif, entre d’une part ce
que nous voulons pour nous-même et, d’autre part, les limites que nous
impose la société. Nous ne vivons pas seulement pour nous-même.
Nous vivons avec d’autres, ensemble, dans un espace forcément à partager.
Ce partage s’apprend.

A Villeurbanne, plus de mille événements se déroulent chaque année,
organisés par la ville certes, mais aussi par les associations, par le monde
économique et les commerçants, par les universités.
Cette vitalité ancienne, sans cesse renouvelée, modernisée dans ses
formes, a toujours fait de notre ville une cité à part entière, non pas une
banlieue dans laquelle ses habitants se seraient contentés de travailler ou
d’y venir le soir seulement pour dormir.
Ici des générations de femmes et d’hommes ont revendiqué la liberté
d’imaginer et de construire la ville autrement.
C’est ce qui nous vaut un centre-ville exceptionnel, une équipe de basket
dans l’élite depuis plus de 60 ans, un Théâtre national populaire, une Ecole
nationale de musique et un réseau de lecture publique fortement ouvert
aux enfants avec en particulier une fête du livre jeunesse au printemps.
C’est ce qui nous vaut le pôle Pixel, à la place des Grands Moulins de
Strasbourg, joyau de l’innovation dans les domaines de l’image et des
industries créatives.
J’ai plaisir et fierté aussi à citer le fabuleux développement du campus
de la Doua — que j’ai fréquenté en tant qu’étudiant d’abord puis en tant
que maître de conférences —, campus de la Doua, avec ses laboratoires,
ses instituts de recherche, ses entreprises où se conçoivent les énergies
écologiques de demain.

Dans ces aventures exceptionnelles, la Ville n’a pas toujours le premier
rôle.
Mais elle est toujours la facilitatrice, celle qui crée des conditions
favorables de la réussite.
Cette liberté de ton et d’action, nous la défendons dans la construction
de la future Métropole.
Avec les élus de notre majorité municipale qui siègent à la Métropole,
nous formons un groupe politique à part entière, pour faire entendre la
voix de Villeurbanne.
Car les projets métropolitains, qui concernent Villeurbanne, doivent être
en cohérence avec notre manière de considérer la ville. Ils doivent se
construire avec nous. Cette position n’avait rien de naturel. Quelques uns
auraient certainement trouvé plus normal que nous entrions
silencieusement dans la majorité, ce que nous n’avons pas voulu afin
d’exercer complètement notre libre arbitre.
Dans ce débat d’aujourd’hui, nous refusons tout ce qui pourrait ressembler
à un nivellement par le bas, où le « moins pour tous » deviendrait la règle
dans un souci d’équilibre et d’uniformité.
Ma conception de la Métropole est qu’elle doit aider les villes à faire mieux
là où, seules, elles seraient plus fragiles. Mais la Métropole échouera si
son action revient à affadir leurs ambitions.
Par cette expression différente, dans une ville qui s’est construite sur le
discours de la différenciation, notre ambition n’est pas de nous opposer,
ce qui serait vain.
Mais de choisir l’exigence et la liberté.
L’égalité est un point fixe sur notre ligne d’horizon. Désormais, quand
nous mettons en place un dispositif municipal, nous vérifions qu’il
bénéficie à tous et qu’il n’aboutit pas lui-même, par un vice caché, à une
discrimination.
Dans le même temps, nous agissons pour réduire les inégalités qui viennent
de l’origine, du sexe, d’un handicap, de la maladie, du chômage ou de la
pauvreté. Dans notre ville, les habitants ne témoignent pas du sentiment
de relégation qu’éprouvent fortement ceux qui vivent en banlieue,
dans les villes périurbaines ou en rural. Ici, c’est plutôt le contraire. Les
habitants disent leur plaisir et leur fierté de vivre à Villeurbanne. Mais les
situations d’exclusion n’en sont pas absentes, pour autant.
Article premier de la Déclaration des droits de l’homme, l’égalité demeure
le principe républicain le plus difficile à atteindre. Nous nous efforçons
d’en créer les conditions.
En 2016, s’ouvrira une crèche pour les enfants malades et handicapés,
située à la proximité des hôpitaux. Dans la poursuite de nos politiques
contre les discriminations à l’emploi ou au logement, nous agirons
fermement pour réduire les inégalités dans l’accès au crédit bancaire, en
particulier pour les créateurs d’entreprises.

Avec la Charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes
dans la vie locale que nous venons de signer, nous interviendrons, auprès
des personnels de l’éducation, pour battre en brèche des stéréotypes
tenaces et qui s’installent dès l’enfance.
Nous donnerons des noms de femmes aux rues pour inscrire des modèles
d’héroïnes dans notre quotidien. Le Rize lancera une recherche sur la
place des femmes dans l’histoire, dans une mémoire sélective, dont elles
ont été injustement tenues à l’écart.
En 2016, pour favoriser l’accès aux soins, nous engagerons les travaux de
la maison pluridisciplinaire de santé des Buers. Le chantier du Medipôle
associera des entreprises d’insertion. Enfin l’inscription des Buers et de
Saint-Jean dans le programme national de rénovation urbaine, permettra
d’agir sur le bâti mais aussi sur le cadre de vie, la convivialité et la culture
dans ces quartiers. Je suis d’autant plus heureux de l’annoncer que cette
inscription n’allait pas de soi et que les élus et les services municipaux
ont montré une grande détermination pour l’emporter. La semaine
dernière, à Paris, j’ai moi-même défendu le dossier devant les instances
décisionnaires. Si ces projets sont différents, s’ils n’ont pas tous la même
ampleur ou la même résonance, tous sont emblématiques de l’action que
nous menons pour plus d’égalité.
La fraternité, quant à elle, elle est le ciment de notre ville. Depuis des
siècles, l’accueil est dans sa culture. Au dernier recensement, finalisé fin
2013, Villeurbanne compte 147 152 habitants. Dans cette population,
tous les continents sont représentés. Autrefois, les populations venaient
du Dauphiné auquel Villeurbanne était rattachée administrativement.
Puis elles sont venues d’Italie, d’Espagne, d’Europe de l’Est et d’Europe
Centrale, d’Anatolie, du Maghreb, d’Afrique ou d’Asie.
Nous accueillons maintenant des migrants qui fuient les conflits et les
persécutions d’aujourd’hui. Nous le faisons dans des conditions sérieuses,
sous l’égide de Forum réfugiés. A ces femmes et à ces hommes, qui ont
tout laissé, l’association apporte un premier asile.
La fraternité s’exprime aussi dans de nombreux dispositifs notamment
pour la jeunesse.
C’est important d’ouvrir la voie aux jeunes dans une société qui marque
tant de résistance à leur égard.
A la rentrée 2016, des étudiants seront hébergés à la résidence de personnes
âgées Jean-Jaurès en contrepartie de petits services rendus. Dans cette
initiative, la fraternité s’exprime aussi dans le lien intergénérationnel.
Nous proposons également à des jeunes une colocation dans un logement
social en échange d’une implication dans le quartier par de l’aide aux
devoirs ou la participation à des animations festives.La fraternité, c’est
aussi des cafés-parents pour aider les familles à échanger sur le métier de
parents, ô combien complexe.
Il en existe neuf actuellement dans les écoles de Villeurbanne.

La fraternité, c’est aussi l’ouverture prochaine, cours Emile-Zola, d’une
épicerie sociale et solidaire dont nous avons soutenu la réalisation.
Destinée à tous, elle offrira deux tarifs, l’un préférentiel pour les clients
en grande précarité, l’autre au « prix du marché » pour les clients aux
revenus moins modestes.
La fraternité, c’est un état d’esprit. A Villeurbanne, elle se construit avec
de l’imagination.
Cette innovation sociale a longtemps été le parent pauvre de l’innovation.
On en reconnaissait l’utilité et les bénéfices. Mais elle demeurait enfermée
au registre des bonnes œuvres, quand l’innovation technologique, elle,
triomphait. Et voilà qu’en Europe et au Canada, des chercheurs font
désormais de l’innovation sociale un enjeu majeur de transformation de la
société et du combat contre les crises. Or, sur ce sujet, nous affichons un
siècle de pratiques, de la réflexion à l’expérimentation. Inventer la fraternité,
la conjuguer avec la dignité, c’est ce qui a guidé nos prédécesseurs, c’est
ce qui nous guide aujourd’hui encore et qui nous place à l’avant-garde
sur nos politiques sociales, souvent montrées en exemple. Nous vivons
une époque terriblement difficile. Mais, à vouloir observer ce qui se passe
autour de nous, nous découvrons des idées, des projets, des expériences
riches d’espoir. La Ville en initie de multiples. Les élus s’engagent avec
conviction. Mais ils ne sont pas les seuls. Vous aussi, vous êtes les artisans
audacieux de cette dynamique. Alors continuons. Ensemble, donnons nous
du courage. Accrochons-nous à ce que nous faisons de mieux.
Emmenons haut, emmenons loin, les valeurs républicaines. Et ayons la
fierté de l’œuvre que nous accomplissons ensemble.
Cette œuvre porte deux noms. Elle s’appelle République. Elle s’appelle
Villeurbanne. Bonne et heureuse année à vous.

Jean-Paul Bret
maire de Villeurbanne