Cumul des mandats


“Fin du cumul des mandats, il suffit de vouloir et de faire !”

Communiqué du 21 septembre 2008

 

Mettre fin au cumul des mandats, cancer de la vie politique, première cause du faible renouvellement des élus, notamment socialistes : ah la bonne nouvelle que nous n’attendions plus !  Évoqué par la première secrétaire du Parti socialiste, ce sujet en forme d’arlésienne est plébiscité des citoyens, autant qu’il est ignoré des élus. 85 % des députés et sénateurs français conjuguent leur mandat parlementaire avec une responsabilité locale, contre 16, 15, 13 et 10 % pour leurs homologues italiens, espagnols, britanniques et allemands. C’est édifiant !

Face à cette exception nationale, les élus français ne sont pourtant pas dupes. Ils savent parfaitement que cumuler est un exercice impossible. Sans don d’ubiquité, avec des journées de vingt-quatre heures, ils saupoudrent leur présence ! Un peu ici, un peu là, jamais pleinement où ils se trouvent. Concrètement, cela donne des agendas d’équilibristes, où tout s’annule et se reconstruit en permanence, où les dossiers et les audiences prennent du retard.

Maire de Villeurbanne depuis 2001, je sais de quoi je parle. En 2002, j’ai choisi de ne pas me représenter aux élections législatives au motif que deux mandats de cette ampleur supposaient plus qu’un seul homme ! Ce choix m’a certes permis de me consacrer à mes prérogatives locales à temps plein, mais il a contribué à faire élire deux femmes socialistes à l’Assemblée nationale, Nathalie Gauthier en 2002 puis Pascale Crozon en 2007, favorisant l’application de la parité dans un hémicycle trop masculin. Là où faire seul n’aurait été qu’une illusion, partager nous a conduits à nous faire entendre en plusieurs assemblées. Nous y avons gagné en disponibilité pour nos dossiers, en écoute pour nos concitoyens, en conviction et en rénovation aussi.

Tout vertueux qu’il soit, le refus du cumul se heurte à des résistances. Pourquoi aller plus vite et plus loin que les textes, ironisent les boulimiques de mandats parés du cache-sexe de la loi. A l’échelle locale souvent, même lorsque tout le monde est d’accord pour rénover les pratiques, les petits manques d’exigence entre amis finissent par triompher ! Ce sont alors les mêmes qui se représentent, cédant au chant des sirènes ou à leurs propres désirs d’omnipotence. Quant aux règles protocolaires, elles donnent toujours la faveur aux parlementaires… tout comme le Conseil national du Parti socialiste d’ailleurs, dont ils sont membres de droit, contrairement aux présidents de conseils régionaux ou généraux, ou aux maires de grandes villes — faisant ainsi des mandats de députés et de sénateurs le sésame de la reconnaissance politique.

Parmi les socialistes, Bertrand Delanoë, Ségolène Royal et Martine Aubry sont allés de l’avant, privilégiant leurs mandats locaux — ce qui ne les prive aucunement d’une audience nationale. Ça et là, des initiatives de militants socialistes, montrent qu’avec une pincée de courage, changer de comportement est possible. Pour ma part, je dis qu’il suffit de vouloir et de faire. Alors, allons-y collectivement sans attendre. Saisissons-nous des élections régionales de 2010 pour accomplir ce très grand bond en avant et constituons des listes indemnes de cumul. Enfourchons assurément le cheval du changement !

Jean-Paul Bret, maire de Villeurbanne.